Vendredi 25 Novembre 2016

(Je n'ai guère -ou, même : pas- de souvenirs de mon enfance).

Mon enfance est une (petite) galaxie nébuleuse… - imprécise mais scintillante;  scintillante mais imprécise…

/pas une galaxie lointaine, mais, bien plutôt, une nébuleuse

non seulement très lointaine, mais intégralement, définitivement, perdue.

 

Les "quadra" conquérants, triomphants,

les (jeunes) vignerons "parvenus" des opulents villages de Champagne, n'ont aucune notion d'où ils viennent… (Pas si jeunes, pas si quadra que ça…  : certains sont de mon âge (selon le calendrier), mais pas de ma génération, pas de mon âge au sens de l'âge du fer, du Moyen Age…).

("Au bout de mon âge, qu'aurai-je trouvé" - Aragon; ce pourrait être un titre pour ces mémoires auxquelles je pense ici : "vivre est un village où j'ai mal rêvé"…).

Les néo-ruraux qui envahissent nos villages, s'y emparent du pouvoir quand même ils ne prétendent pas (s'accaparer notre mémoire (en prétendant nous la restituer, si ce n'est la constituer !) et les défigurent jusqu'à les anéantir en métastases citadines, n'ont, encore moins, le moindre sens de ce qu'étaient ces lieux, encore au temps de notre enfance, voici à peine plus qu'un demi siècle.

 

(En charabia à la mode, contemporain : Ils finalisent la déconstruction de nos vieilles campagnes  espaces ruraux /de la ressource rurale / de la ruralité… en actant ces a-ménagements qui les impactent jusqu'à en engager le pronostic vital…).

 

Galaxie, nébuleuse ? Au moins : une planète, (autre que celle sur laquelle nous vivons, tentons de sur-vivre aujourd'hui, une planète morte… un astre, mais un astre désastré… Bref : un Monde, tout un monde…

 

(Jeudi 1er Décembre 2016)

A défaut d'écrire des/mes souvenirs d'enfance (*), c'est ce Monde que je voudrais restituer, (au moins : évoquer… et invoquer ! - dont je voudrais, au moins, donner une image, donner quelque idée, à ceux qui l'ignorent totalement. - Folle ambition…

Je suis né au temps des chevaux…

Ce Monde était celui qui allait au rythme des chevaux.

Ceux qui ne l'ont pas connu ne peuvent se représenter la révolution (la dé-volution) que fut ce passage pas sage du cheval de chair et d'os au chevak de ferraille et de fioule !...

 

- Toutes les révolutions sont dé-struction, dé-structuration.  - Le cheval vapeur, / le cheval fiscal /, n'a pas de colonne vertébrale (et, moins encore, de ces yeux de velours que les mouches viennent agacer, - en même temps que les nettoyer ?

 

(*) Critique, limites, des souvenirs d'enfance (sujet rebattu, notamment depuis que nos bons petits (et grands) profs se penchent sur les écrits du for privé…) : choix arbitraire des images, des séquences retenues, re-composition, coloriage anachronique de l'Hier, du Jadis ou Naguère, avec les couleurs subjectives d'aujourd'hui… Comme ces "colorisation" des vieilles photos ou des vieux films NB (en noir et blanc)… -exercice que je déteste… Etc…

 

Ecrire des souvenirs d'enfance c'est, dans un vieux film, choisir de restituer quelques images; mais le film comportait de nombreuses images successives quasi identiques dont le défilement à la bonne vitesse donnait l'impression du mouvement… Mais le flux du temps, aucun souvenir écrit ne peut nous le rendre… Ecrire c'est, irrémédiablement fixer, figer… Tout livre est un cercueil… - ce qui est écrit, achevé, est hache-vé, mort. C'est pourquoi, sans doute, j'hésite tant à composer, et m'arrête si souvent aux notes, qui restent ouvertes… temporaires (dans le Temps) donc vivantes… -Naïf  faux-fuyant donc je ne suis pas vraiment dupe… -Et, plus simplement :incapacité de "mener à bien", paresse, fétichisme de l'inachevé… Ou soif inextinguible d'Autre Chose… Le possible, le connu, ne m'intéressent plus, dès lors qu'ils sont possibles, connus…

Quel intérêt de faire ce dont je suis capable ?... de refaire ce que j'ai déjà fait ?...

La répétition, aussi, m'exaspère… - La rengaine… Je n'aime que celle de l'épée dans le fourreau !

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